Pour élaborer la Stratégie Forêt, le canton du Valais a mis en œuvre une méthodologie participative innovante, centrée sur la collaboration de tous les acteurs concernés et l’expérimentation sur le terrain. L’objectif est de co-construire les solutions avec les parties prenantes locales, afin qu’elles soient pleinement adaptées aux réalités du terrain et largement acceptées. Voici les principaux éléments de cette démarche :

  • Laboratoires vivants (Living Labs) : Au cœur du dispositif se trouvent des living labs, c’est-à-dire de véritables laboratoires d’innovation ouverts réunissant citoyens, experts, propriétaires forestiers et autorités au sein d’un même écosystème. Concrètement, il s’agit de tester en conditions réelles de nouvelles idées de gestion forestière, directement sur le terrain, en impliquant activement les utilisateurs finaux (habitants, usagers de la forêt). Ce processus in situ favorise l’expérimentation collective : on essaie des approches pilotes dans des communes volontaires, on observe ce qui fonctionne ou non, puis on améliore ensemble. Les living labs placent l’utilisateur au centre et encouragent une co-création continue, ce qui est idéal pour trouver des solutions ancrées dans le contexte local. Ce mode de travail agile permet d’adapter la stratégie aux spécificités de chaque région du canton avant de la généraliser.
  • Ateliers de co-création : En parallèle des living labs, des ateliers participatifs sont organisés pour concevoir ensemble les orientations stratégiques. Ces ateliers de co-design rassemblent différents acteurs (garde-forestiers, élus communaux, représentants de l’industrie du bois, associations environnementales, citoyens intéressés, etc.) afin de brainstormer et de faire émerger des idées innovantes. Chacun peut y exprimer ses besoins, attentes ou craintes vis-à-vis de la forêt. Grâce à ces échanges, on établit progressivement une vision et des objectifs communs autour desquels tout le monde se retrouve. Les ateliers permettent aussi d’identifier collectivement les problèmes (« pains ») et les opportunités (« gains ») liés à chaque fonction de la forêt. Au final, ce processus collaboratif garantit que les solutions proposées ne sont pas seulement techniquement viables, mais aussi socialement acceptables et adaptées aux usagers réels de la forêt.
  • Implication de tous les acteurs (« approche multi-acteurs») : La méthodologie mise sur une mobilisation large de l’ensemble des parties prenantes du domaine forestier. Cela inclut les propriétaires de forêts (notamment les Bourgeoisies, qui détiennent la quasi-totalité des forêts valaisannes), les autorités cantonales et communales, les professionnels de la filière bois (ingénieurs forestiers, exploitants, charpentiers, etc.), les scientifiques et bien sûr la société civile (habitants, ONG, touristes…). Cette approche s’inspire du modèle de la « quadruple hélice » en innovation, intégrant le secteur public, le privé, le monde académique et les citoyens. En pratique, la gouvernance du projet est participative à plusieurs niveaux : des Task Forces thématiques ont été formées à l’échelle locale et cantonale pour que chacun puisse contribuer selon son expertise. Grâce à cette coordination renforcée entre tous les acteurs, la stratégie bénéficie d’un large soutien et de connaissances diversifiées, ce qui facilite sa mise en œuvre. Chacun se reconnaît dans les décisions prises collectivement, et la gestion de la forêt gagne en cohérence et en efficacité.
  • Projets pilotes régionaux : La démarche participative a d’abord été appliquée dans trois régions pilotes du canton, afin de tester grandeur nature les approches innovantes. Ces régions sont la commune d’Anniviers, la commune de Zermatt et le triage forestier des Deux Rives (région de Sion). Dans chacune de ces zones, des actions spécifiques ont été menées en partenariat avec les acteurs locaux (p. ex. ateliers dans la vallée d’Anniviers, essais sylvicoles à Zermatt) pour expérimenter les mesures de la future stratégie. Ces projets pilotes, réalisés en 2022-2024, ont servi de laboratoires à ciel ouvert pour affiner la méthodologie et vérifier la transposabilité des solutions. Les enseignements tirés de ces expériences locales sont ensuite intégrés au niveau cantonal pour élaborer la stratégie finale. Cette approche permet de s’assurer que la Stratégie Forêt Valais pourra être appliquée efficacement dans toutes les régions du canton, en tenant compte des spécificités locales, après avoir fait ses preuves sur le terrain.

En résumé, l’élaboration de la stratégie s’est faite avec les gens du terrain plutôt que de façon descendante. Grâce aux living labs, aux ateliers de co-création et à la forte implication des acteurs locaux, la Stratégie Forêt bénéficie d’une assise participative solide. Cela garantit des solutions innovantes, pragmatiques et largement soutenues, pour une gestion forestière vraiment adaptée au Valais et à ses habitants.

Les étapes

Dans une logique de co-création et de Living Labs, le projet a été structuré en plusieurs étapes afin d’intégrer dès le début les principes d’une gestion forestière collaborative. Cette approche a permis de s’appuyer sur un large éventail de connaissances et d’intégrer activement des experts issus de divers domaines, assurant ainsi le respect de l’approche ascendante (« bottom-up »).

  1. Identification des fonctions forestières La forêt étant un écosystème complexe aux multiples fonctions, il est essentiel d’identifier précisément ces dernières, d’autant plus que leur importance relative a évolué au fil du temps. Cette identification a été réalisée en collaboration étroite avec les parties prenantes, garantissant ainsi une prise en compte complète des attentes locales.
  2. Classification des fonctions Dans un second temps, les fonctions identifiées ont été classées selon leur importance relative pour les différents acteurs concernés. Ce processus a permis de mettre en évidence les priorités des parties prenantes locales et d’adapter la future stratégie à leurs besoins spécifiques.
  3. Identification des parties prenantes Étant donné que la démarche repose fondamentalement sur l’implication active des acteurs locaux, il a été crucial d’identifier clairement dès le départ l’ensemble des parties prenantes concernées par la gestion forestière. Cette identification préalable constitue l’un des piliers centraux du processus participatif mis en place.
  4. Classification des parties prenantes Après avoir identifié les acteurs concernés, l’étape suivante a consisté à les classer en fonction de leur niveau d’influence, d’intérêt ou de rôle dans le projet. Cette classification permet de structurer efficacement les échanges et de garantir que toutes les voix pertinentes soient entendues et prises en compte dans la stratégie finale.
  5. Identification des problèmes pains ») Pour concevoir une stratégie pertinente et adaptée aux réalités du terrain, il est indispensable d’identifier clairement les problématiques actuelles. Des ateliers participatifs de co-design ont été organisés dans différentes régions afin de recueillir directement les perceptions des acteurs locaux sur les difficultés existantes en matière de gestion forestière.
  6. Identification des bénéfices gains ») Parallèlement, les bénéfices actuels de la gestion forestière ont été mis en lumière, afin de s’assurer que ces éléments positifs soient préservés et valorisés dans la future stratégie. Cette démarche permet d’inscrire la stratégie dans la continuité des réussites existantes tout en répondant aux enjeux identifiés par les parties prenantes.

Grâce à cette démarche structurée et participative, la Stratégie Forêt Valais est co-construite de manière à répondre pleinement aux attentes et aux réalités locales, favorisant ainsi une appropriation large et un engagement fort de tous les acteurs concernés.