Pour répondre aux défis ci-dessus et atteindre les objectifs fixés, la Stratégie Forêt Valais prévoit un catalogue de mesures stratégiques. Parmi ces actions, certaines ont été identifiées comme prioritaires en raison de leur fort impact attendu, de leur faisabilité et de leur cohérence avec la vision du projet. Présentées de manière simplifiée, voici les principales mesures proposées :
- Optimiser l’utilisation du bois (principe de la cascade) : Il s’agit de tirer le meilleur parti de chaque mètre cube de bois récolté en le destinant d’abord aux usages à plus haute valeur, puis aux usages secondaires. En pratique, la valorisation en cascade consiste à utiliser le bois en priorité pour la construction, l’ameublement ou d’autres produits durables, puis une fois ces produits en fin de vie, à recycler le bois, et enfin à l’utiliser comme source d’énergie (chauffage) au terme du cycle. Cette hiérarchisation permet d’augmenter la valeur ajoutée par m³ et de réduire le gaspillage de matière. Par exemple, un tronc pourra servir à faire des planches de charpente (1er usage), les chutes de sciage feront des panneaux ou des pellets (2ᵉ usage), et les résidus ultimes iront en chaufferie (dernier usage). Promouvoir l’utilisation en cascade du bois est une mesure clé pour une économie forestière circulaire, maximisant les revenus locaux tout en assurant une gestion raisonnée de la ressource bois.
- Promouvoir la construction en bois local : Le canton souhaite encourager fortement l’usage du bois valaisan dans le bâtiment, aussi bien pour des constructions publiques que privées. La mesure 11.2 vise à stimuler la demande locale de bois, notamment via des projets de constructions touristiques ou résidentielles exemplaires en bois de la région. À Zermatt par exemple, où l’architecture alpine en bois fait partie de l’identité locale, construire en bois local permettrait d’allier tradition et innovation tout en créant un débouché concret pour la forêt. Concrètement, cette mesure implique de promouvoir les avantages du bois valaisan (esthétique, durable, bonne empreinte carbone), d’adapter si nécessaire les règlements d’urbanisme pour favoriser le bois, et d’intégrer du bois indigène dans les marchés publics de construction. En ancrant le bois local dans les bâtiments du canton, on réduit les importations de matériaux moins écologiques, on valorise le savoir-faire des entreprises locales, et on rapproche la forêt des citoyens (qui vivent et travaillent dans des bâtiments « en bois de chez nous »).
- Développer le bois-énergie et la biomasse locale : Une autre mesure prioritaire est de mieux utiliser le bois de moindre qualité (bois trop noueux, de faible diamètre, ou issu d’éclaircies) en le valorisant comme source d’énergie renouvelable. La mesure 11.3 prévoit de développer le bois-énergie sous forme de plaquettes forestières ou de pellets. Concrètement, cela passe par la création ou l’extension de réseaux de chauffage à bois dans le canton, par exemple des chaufferies communales alimentant des bâtiments publics ou des écoquartiers en chaleur. Le Valais compte encore de nombreux peuplements forestiers sous-exploités produisant du bois peu valorisable en scierie, mais tout à fait utilisable en énergie. En le récoltant pour du bois-énergie, on entretient la forêt (on évite une accumulation de matériaux secs qui pourraient brûler en cas d’incendie), on soutient la transition énergétique (le bois remplace des énergies fossiles importées) et on offre des revenus supplémentaires aux propriétaires. Développer la filière bois-énergie locale nécessite d’investir dans des installations performantes (chaufferies modernes à faibles émissions) et dans la logistique (broyeurs à plaquettes, stockage du combustible), mais c’est une voie prometteuse pour une autosuffisance énergétique partielle des communes tout en dynamisant l’économie forestière.
- Renforcer la coopération et mutualiser les ressources : Pour gagner en efficacité, la stratégie encourage une meilleure organisation collective du secteur forestier. La mesure 11.6 vise à intensifier la coopération entre communes et Bourgeoisies voisines, ainsi qu’à mutualiser certains moyens au niveau régional. Par exemple, plutôt que chaque commune achète ses propres machines forestières onéreuses qui ne servent qu’occasionnellement, plusieurs collectivités pourraient investir ensemble dans du matériel commun et le partager. De même, les équipes de forestiers communaux pourraient intervenir de manière coordonnée sur un territoire plus large, en se prêtant main-forte lors de gros chantiers ou après des intempéries. À Zermatt, il est envisagé de mettre en place des collaborations intercommunales souples pour le partage de matériel et de main-d’œuvre spécialisée avec les communes voisines. Au niveau cantonal, on pourrait structurer une plateforme logistique commune (pour la centralisation du tri et du transport du bois), ce qui optimiserait les flux de bois et réduirait les coûts unitaires. In fine, renforcer la coopération permettra de surmonter le morcellement de la propriété forestière (voir Défis) en coordonnant les efforts, et d’augmenter la compétitivité de la filière bois valaisanne par des économies d’échelle.
- Diversifier les missions des forestiers (volet social) : La Stratégie Forêt entend élargir le rôle du service forestier pour mieux intégrer la forêt dans la vie locale. La mesure 11.7 propose de confier aux équipes forestières communales des tâches à forte valeur sociale aux côtés de leurs missions traditionnelles. Par exemple, les gardes-forestiers pourraient participer davantage à l’entretien des sentiers de randonnée, à l’aménagement d’espaces de loisirs en forêt, ou à des projets pédagogiques avec les écoles. Ils pourraient aussi contribuer à la prévention des risques naturels en collaborant plus étroitement avec les services de protection civile. À Zermatt, cette diversification des tâches ancrerait encore plus la gestion forestière dans la vie touristique locale. L’idée est de faire des forestiers de véritables « gardiens de la montagne » polyvalents, présents sur le terrain pour non seulement couper du bois, mais aussi accueillir, informer, sécuriser et valoriser la forêt auprès du public. Cette mesure rehausse la dimension sociale du métier de forestier, améliore la visibilité de leur travail (les habitants voient concrètement leur action) et crée du lien entre la population et ceux qui entretiennent la forêt.
- Marketing et label “Bois du Valais” : Pour que les actions techniques réussissent, il faut aussi travailler sur la perception et le soutien du public. La mesure 11.9 vise à promouvoir le bois local et l’image de la forêt par des actions de communication et de marketing. Concrètement, la création d’un label régional (« Bois du Valais », « bois des Alpes valaisannes »…) est envisagée afin de distinguer les produits en bois local et de garantir leur origine. Ce label, apposé sur les meubles, les constructions ou le bois de chauffage issus de nos forêts, permettrait aux consommateurs d’acheter en connaissance de cause et de soutenir directement la filière locale. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation seront menées pour renforcer le lien affectif entre la population et sa forêt : panneaux explicatifs en forêt, organisation d’événements (journées du bois, visites de chantiers forestiers), collaboration avec les offices du tourisme pour valoriser l’aspect nature des destinations, etc. À Zermatt par exemple, la promotion du bois local et l’association de l’image de la station à une gestion forestière exemplaire peuvent sensibiliser les nombreux visiteurs et renforcer l’acceptation des interventions forestières. L’objectif global est de faire connaître les atouts du bois valaisan, d’encourager son utilisation par le grand public et les professionnels, et de souligner le rôle positif d’une forêt bien gérée pour l’ensemble de la société. Une meilleure visibilité et compréhension générera un soutien accru (politique, financier, bénévole) en faveur des mesures forestières.
- Mécanismes de financement innovants (“services écosystémiques”) : Pour pérenniser l’entretien des forêts, la stratégie propose d’explorer de nouvelles sources de financement en complément des subsides classiques. La mesure 11.4 introduit l’idée de paiements pour services écosystémiques (PSE) : il s’agirait de rémunérer les propriétaires forestiers pour les services environnementaux rendus par leurs forêts de protection (sécurisation contre les avalanches, protection de la ressource en eau, stockage du CO₂, etc.). Concrètement, un fonds cantonal pourrait être créé alimenté par ceux qui bénéficient de ces services (par ex. communes en aval, compagnies d’assurances, secteurs touristique et hydro-électrique…), afin de financer durablement les travaux sylvicoles préventifs dans les forêts de montagne. Parallèlement, la mesure 11.5 préconise de tirer parti du marché des crédits carbone : en gérant la forêt de manière à augmenter le stockage de CO₂ (plantations additionnelles, extension des forêts, projets de reboisement), le canton pourrait générer des certificats carbone à vendre à des entreprises cherchant à compenser leurs émissions. Ces approches de financement innovant requièrent une coordination à l’échelle régionale ou cantonale, et un cadre administratif solide, mais elles pourraient apporter des ressources financières nouvelles pour l’entretien forestier sans tout faire reposer sur les budgets publics. Enfin, la mesure 11.8 suggère d’adapter les subventions cantonales à ces objectifs : par exemple moduler les aides en faveur des forêts mélangées résilientes, de la régénération naturelle ou de la protection contre le gibier. En résumé, ces mesures financières visent à mieux valoriser économiquement les fonctions écologiques de la forêt, de sorte que celles-ci soient entretenues comme un investissement pour la collectivité.
Toutes ces mesures forment un plan d’action cohérent. Certaines peuvent être mises en œuvre rapidement (par exemple promouvoir le bois-énergie ou lancer un label local), tandis que d’autres nécessitent plus de temps et de coordination (par exemple instaurer les paiements écosystémiques ou réorganiser la filière en réseau intégré). La Stratégie Forêt établira un calendrier de mise en œuvre par étapes, en s’appuyant sur des projets pilotes pour les actions complexes. L’important est que chaque mesure contribue à la vision d’ensemble : un avenir où la forêt valaisanne est gérée durablement, en maintenant son équilibre multifonctionnel et en créant de la valeur pour la société. Grâce à ces mesures, le Valais entend garantir une forêt résiliente face aux changements, tout en saisissant les opportunités offertes par la ressource bois pour le développement régional.