La forêt suisse est un écosystème multifonctionnel d’une valeur inestimable. Elle couvre plus de 30 % du territoire national et joue un rôle fondamental à l’interface entre écologie, économie et société. Dans un contexte marqué par le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la transition énergétique et des attentes sociales croissantes, la gestion durable des forêts devient un enjeu stratégique majeur.
La gestion forestière ne consiste plus uniquement à produire du bois, mais à assurer l’équilibre entre plusieurs fonctions essentielles :
- Fonctions écologiques, telles que la conservation de la biodiversité, la séquestration du carbone, la régulation de l’eau ou encore la stabilisation des sols ;
- Fonctions économiques, notamment la production de bois d’œuvre, de bois énergie ou de biomasse, le soutien aux filières locales et la valorisation des ressources renouvelables ;
- Fonctions sociales et culturelles, allant de l’accueil du public et la santé au patrimoine vivant, en passant par la formation, l’éducation à l’environnement et le tourisme doux ;
- Fonction de protection, cruciale dans les zones alpines, où la forêt agit comme barrière naturelle contre les avalanches, les chutes de pierres et les inondations.
Dans ce cadre, les objectifs de la gestion forestière s’articulent autour de trois piliers fondamentaux :
1. Préserver et renforcer les fonctions écosystémiques de la forêt
Cela implique de maintenir la résilience des peuplements face aux perturbations climatiques, d’assurer la régénération naturelle des espèces adaptées, et de garantir la stabilité des écosystèmes forestiers à long terme. Cela suppose également la préservation d’habitats prioritaires, la protection du sol et de la ressource en eau, ainsi que la lutte contre les espèces envahissantes et les pressions anthropiques.
2. Optimiser la valorisation durable des ressources forestières
La forêt fournit des matières premières renouvelables, stratégiques pour une économie circulaire et sobre en carbone. La gestion forestière vise à mobiliser le bois de manière raisonnée, selon les principes de la kaskadennutzung (utilisation en cascade), tout en soutenant les circuits courts et les emplois locaux. Elle participe aussi à la diversification des produits forestiers et à la structuration des marchés régionaux du bois.
3. Assurer une gouvernance partagée et inclusive
La forêt suisse est souvent un bien commun, détenu par des bourgeoisies, des communes ou des coopératives. Sa gestion doit intégrer une multiplicité d’acteurs – forestiers, propriétaires, scientifiques, collectivités publiques, citoyens – dans une logique de concertation et de co-responsabilité. Cela nécessite des outils de planification territoriale, de participation, de formation continue et de financement innovant (ex. paiements pour services écosystémiques, crédits carbone, subventions ciblées).